LES SUBSTANCES CHIMIQUES DANS NOTRE QUOTIDIEN :

Quel impact ?

Sylvie COTELLE

Mercredi 3 février 2016

 

 

—« Qu’est-ce qu’un risque ? »…L’assistance croit à la question-piège, avant l’énoncé de tous les produits et toutes les situations qui peuvent conduire à une intoxication aigüe ou chronique, à une allergie grave ou à un décès… « Un risque c’est la combinaison entre un danger et une exposition ».

 

Où ? Partout !

 

On trouve des particules (des PM10 aux nanos) évidemment partout. Dedans au moins autant que dehors…Au-dessus de nos têtes, dans et sur notre corps et sous nos pieds. Des CFC en direction de la couche d’ozone aux POP (Polluants Organiques Persistants [1]), depuis les tétines  pour bébés aux éternels sédiments alluviaux contaminés. Parfois sans véritable solution et ce malgré les tests et certificats d’homologation, l’obligation de passage par l’autorisation de mise sur le marché. Malgré la Recherche sur les algues unicellulaires jusqu’à celle sur les petits animaux (grenouilles, rongeurs…). On a beau déterminer alors l’évolution de la croissance, les taux de survie et les conséquences sur la reproduction…que de progrès sont encore indispensables !

 

Des progrès ?

 

Certes, avec l’étape « Reach » le principe de précaution a été reconnu [2] et les contrôles rendus systématiques à partir d’une tonne produite, ainsi qu’une réglementation comprenant les seuils-limites, l’étiquetage et les conseils d’emploi. De 100 000 on est passé à 1700 substances toxiques à examiner de très près. On vise à la substitution par des produits moins dangereux, et notamment passer de la catégorie 1 (cancérigène certain, pour les humains) à la 2 (cancérigène certain chez les petits rongeurs). On connaît mieux les CMR (produits cancérigènes, mutagènes et toxiques pour la reproduction) On sait que la charcuterie industrielle et la viande rouge le sont potentiellement. Les femmes enceintes, les fœtus et les enfants en bas-âge sont particulièrement vulnérables. Tous les organes du corps peuvent être touchés, de la peau au cerveau, du sinus aux os…

On a appris à connaître les phtalates (couramment utilisés comme plastifiants des matières plastiques pour les rendre souples)  le bisphénol A (perturbateur endocrinien à l'intérieur de certaines boites de conserve, de canettes (principales sources d'exposition pour l'homme)] et de polycarbonates. Il est présent sous forme libre dans un grand nombre de tickets de caisse, de reçus de carte de crédit (papier thermique, également  dans les billets de banque et la fabrication des biberons), le formaldéhyde (effets irritants, principalement dans les produits de construction, ameublement, produits détergents, feux, fumée de cigarette, cuisson des aliments, poêle à bois…)…sans avoir oublié le plomb et beaucoup de métaux. A Minamata par exemple, les poissons « au mercure » avaient causé la mort de 900 Japonais et engendré d’horribles malformations. On s’interroge après l’accroissement exponentiel des leucémies, cancers et même cas d’autisme. La baisse et perte de stérilité se sont également multipliées.

 

Encore des défis…

 

Les défis sont eux aussi connus. Des labels existent (NF-Environnement, Ecolabel-UE, Construction-Eco, AB…) : sont-ils suffisants ?  Des tests sont effectifs, mais beaucoup moins sur les faibles doses, sur les mélanges et sur les effets synergiques, sur le long terme et sur les générations reproduites. Ceux-ci sont plus coûteux et très en retard sur la mise en vente. L’arrivée rapide des nanotechnologies a devancé les contrôles. Idem pour certains OGM, dans la plupart des pays.

La conférencière demande alors si nous sommes prêts à payer davantage pour plus de Recherche et prêts aussi à résister à quelques bénéfices comme la rapidité et l’ « efficacité »  de produits innovants set souvent bien pratiques…sachant que certains industriels feront de toute façon payer les surcoûts des tests, des taxes et amendes par les consommateurs…

Les interrogations précises avec des exemples personnels dans la salle confirment la variété et l’étendue des problèmes. Sont cités notamment l’amiante, la qualité du terreau  proposé par certaines communes, les nanoparticules dans les vêtements, les boues de récupération comme fertilisants. Intéressant mais pas rassurant !

Notes f54 (avec partitions de ML)

 

[1]Polluants Organiques Persistants : molécules complexes qui, contrairement aux autres polluants ne sont pas définies en fonction de leur nature chimique mais à partir de quatre propriétés qui sont :
- la toxicité (elles ont un ou plusieurs impacts prouvés sur la santé humaine),
- la persistance dans l'environnement (molécules résistantes aux dégradations biologiques naturelles),
- la bioaccumulation dans les tissus vivants et augmentation des concentrations le long de la chaîne alimentaire (bioamplification),
- le transport longue distance.

[2] Le principe de précaution revient dans l’actualité en tant que critique. Pour le philosophe Luc Ferry et d’autres personnalités politiques de 1er plan, ce préalable est un frein au progrès et à l’innovation pour les industriels (français).