Conférence les jeunes chercheurs (ses)

Mercredi 20 avril 2016 - Ferme du Charmois

 

Avec Valéria Giardino, Sandrine Rosin-Paumier et Khoudia Gueye,

de l’Université lorraine

 

 

Vous n’avez pas pu venir ? Dommage. Trois jeunes chercheuses, d’un incroyable dynamisme,  ont pu dévoiler leur parcours, leur implication professionnelle dans leur contexte interdisciplinaire et sociétal. Une vraie découverte pour le public trop clairsemé du Charmois.

 

« Qui sont les chercheurs et enseignants-chercheurs, comment vivent-ils, comment travaillent-ils dans leur labo ? Quels bonheurs, quelles »galères, quelles perspectives ? Quel est l’objet de leur recherche ? Quelle place particulière pour les plus jeunes d’entre eux ? »

Ils sont près de 5000 dans l’Université de Lorraine. Mais un fossé subsiste entre l’université et la ville, les chercheurs et les citoyens. Alors que l’on parle de plus en plus de l’enjeu sociétal des sciences, de « sciences-citoyennes », cette conférence avait pour objectif de chercher à rapprocher science et société, à établir les bases d’un dialogue entre les deux parties, avec comme en jeu : construire ensemble notre avenir.

Trois jeunes chercheuses - car, suite à des défections excusées- ce sont bien trois jeunes femmes qui se sont lancées avec brio dans la grande salle de la ferme du Charmois, pour présenter leurs travaux et leurs problématiques.

 

La première au délicieux accent italien c’était Valeria GIARDINO

 

Fondamentalement interdisciplinaire (en philo, histoire, logique et sciences cognitives…) et remarquablement cosmopolite, elle a déjà enseigné et cherché en Italie, France, Grande-Bretagne, USA, Espagne et Allemagne. Pas moins ! Elle est très satisfaite d’avoir un (vrai) poste aux Archives Poincaré de Nancy.

D’abord elle part d’objets connus et reconnus en se demandant quels avantages ils apportent à notre pensée, comment ils extériorisent l’information dans l’espace. Elle prend comme exemples différentes façons de présenter des horaires de train en dégageant des colonnes et des couleurs. Puis, en déplaçant des figures simples reportées,  elle explicitera le théorème de Pythagore…Elle montre ainsi comment des concepts visuels, spatiaux et moteurs permettent de faciliter la connaissance. De fait, elle vise à la schématisation. Une des applications les plus remarquables est certainement d’intégrer l’accompagnement du « tactile » en communication…

Pour avancer, elle dit l’obligation de s’entourer de collaborations complémentaires indispensables dans le foisonnement moderne des innovations.

 Valéria Giardino se penche donc sur notre manière de construire notre pensée, en particulier de notre façon de construire nos images - ce qui a des conséquences pratiques et que l'on peut exploiter, en particulier pour améliorer nos mécanismes d'apprentissage.

 

 La seconde, Sandrine Rosin-Paumier exerce dans la mécanique des sols…

 

Sandrine Rosin-Paumier travaille dans le domaine de la construction, en particulier sur la question du choix et du traitement des matériaux, les liant aussi aux préoccupations écologiques  (transferts de chaleur notamment) et de développement durable (résistance à la chaleur et aux liquides lors de stockage de longue durée, réduction et réutilisation des déchets…)

Elle enseigne à l’IUT de Brabois et travaille en labo, au LEMTA [1] dans le génie civil, avec beaucoup de chimie, de mécanique des sols, d’innovations technologiques par l’utilisation notamment des isolants naturels (géosynthiques dentoniques…)

Elle évoque forages, fractions, fissures, nappes phréatiques, sondes, lignes haute tension enterrées. Tous les échanges (thermiques…) l’intéressent : pouvoir chauffer des routes, utiliser les chaleurs dans un tunnel, profiter des pieux dans les fondations d’un aéroport ou dans un métro ! On y verrait presque des piles partout…

Un projet, comme celui présenté ce soir-là,  peut coûter plus de deux millions d’euros et englober des matériels impressionnants, innovants en plus des salaires, des essais et des frais de fonctionnement (congrès et séminaires).

Le projet CIGEO à Bure (Réversibilité dans l’exploitation des déchets nucléaires enfouis), elle connaît et invite à visiter l’espace du laboratoire à moins 500m. Le sujet engendrera quelques questions plutôt sceptiques de la salle…

Elle dit également ne pas concevoir de travailler isolée. Interdisciplinarité oblige. Pouvoirs publics, chercheurs et entreprises, mais aussi avec les citoyens à travers des projets innovants collaboratifs.

 

La troisième, Koudhia Gueye  est docteur en sciences de gestion.

 

Khoudia Gueye, elle, travaille dans le domaine des ressources humaines. Elle s’est particulièrement intéressée aux pôles de compétitivité… et notamment sur la question de l'innovation technologique et des conditions de son acceptabilité et de son bon usage par les citoyens-consommateurs que nous sommes tous (la question de la responsabilité sociétale, du travail collaboratif nécessaire entre  toutes les parties prenantes).

Dans le cadre de projets associant des représentants de collectivités territoriales et des entreprises…le chercheur n’est pas souvent désiré. Cependant apporter du liant sur des objectifs communs à travers des réalisations concernant les citoyens n’est ni secondaire, ni optionnel ni automatique. [2]

Utilisation des eaux continentales, système global de prévention et d’alerte des inondations (comme lors du fameux orage sur Nancy-Essey-Saint-Max) suppose, en plus de la méthodologie industrielle et financière (évaluation, réalisation, industrialisation…), un accord préalable entre des parties qui n’ont pas souvent les mêmes intérêts et pouvoirs. Et surtout n’ont pas travaillé ensemble en amont.

Une action comme celle contre les micropolluants dans les réseaux urbains peut comprendre des obstacles financiers et électoraux : les échéances ne sont pas forcément compatibles et les sommes en jeu considérables. Certains attendent un retour direct sur investissement. Les différentes parties peuvent se sentir observées comme des rats de laboratoire… par le chercheur !

Mais des processus peuvent être mis en œuvre ; un questionnaire méthodologique  peut devenir une chartre ; un protocole explicite peut permettre la mise en œuvre des responsabilités partagées ; on peut améliorer une « bonne gouvernance » sur le projet  et enfin travailler sur l’implication de chaque acteur technique et non technique. Le public concerné se trouve souvent relégué en dernière ligne.

Les sujets de progrès sont, on le voit, encore importants.

 

Débat ? Oui, des débats...

 

Sandrine Rosin-Paumier évoque les aspects de la démarche scientifique depuis l’énoncé des problèmes jusqu’aux recommandations et précautions d’utilisation  finales. Ce sont des années de travail intense pour le chercheur ; souvent de la mobilité géographique obligée en fonction des chantiers ; beaucoup d’adaptabilité, de travail de réseau…incluant une dimension de partenariat public-privé. Tout cela est invisible au public…

Il est question alors du statut trop souvent précaire des chercheurs avec des situations très différentes selon les cas ; de la prise en compte des diplômes, plus passéiste en France (aux USA, on compte plus sur les capacités et compétences pour le contrat à venir que sur l’origine du diplôme). Les conditions et collaborations synergiques ne sont pas assez mises en avant. Aussi la Recherche semble-t-elle rester encore trop dans un entre-soi. L’exemple régional de Bure notamment reflète cette difficulté d’établir des bases de connaissance et de confiance avec la population ; l’échec sociétal dans le cas présent semble total.

Le peu de participants à cette soirée enrichissante est certainement aussi un signe d’un possible désamour entre le travail de recherche à long terme et l’aspect plus médiatisé et immédiat de l’actualité. Les prouesses cognitives et technologiques seraient-elles du même ressort que les trains qui arrivent à l’heure ? Normales. Donc pourquoi en parler… ? Pourtant là se cachent des activités intellectuelles et technologiques insoupçonnées  ▪F54

 

[1] Le LEMTA (UMR 7563) est une Unité Mixte de Recherche de l'Université de Lorraine et du CNRS. Il fait partie de la Fédération de Recherche "Jacques Villermaux pour la Mécanique, l'Energie et les Procédés" (FR 2863). C'est un laboratoire d'accueil de l'Ecole Doctorale "Energétique, Mécanique, Matériaux"

[2] projets SYALIS et SYRUS. Cadre du pôle Alsace-Lorraine HYDREOS