NOUVELLES PRATIQUES AGRICOLES

EN AFRIQUE ET COMMERCE ÉQUITABLE Chloé Fontfreyde

 

Elle est en 3ème année à l’ENSAIA et a déjà à son actif des stages dans plusieurs pays. Chloé Fontfreyde propose ce soir le bilan de ses expériences avec diapos à l’appui (www.id-agri.fr): un panorama efficace et bien utile sur le sujet…

 

Sa démarche est claire : accompagnée de nombreuses définitions et quelques chiffres et exemples sélectionnés, elle va nous dire les impacts des échanges agricoles sur les sociétés du Sud essentiellement, nous y introduire le Commerce équitable et l’illustrer avec un cas concret « exemplaire », le centre de Songhaï au Bénin.

 

►Le constat est toujours terrible

 

Sur notre Terre, trois milliards de paysans vivent avec moins de 2£ par jour. Ils survivent sous le seuil de la pauvreté et dans l’extrême pauvreté. La plupart sont en Afrique, en plein accroissement démographique…

Cette situation concerne 375 millions d'exploitations (45% de la main d’œuvre totale). Qui ont moins de 1 hectare et qui consacrent jusqu’à 85% de leurs ressources à…s’alimenter !

 

Puis que 78% de la population vit (encore) en milieu rural, le développement d’une agriculture adaptée localement est plus que jamais un bon levier économique possible.

 

 

►La conférencière resitue la situation dans le contexte économique : l’impact des échanges internationaux de produits agricoles dans les pays du Sud sont ancrés dans un modèle libéral, selon les théories de Ricardo (1817) ou théorie des avantages comparatifs, qui va de pair avec :

 

La division du travail entre nations et spécialisation des productions par pays

L’élimination des droits de douane et des quotas d’importation et d’exportation (en opposition au protectionnisme)…Le tout sous l’égide du Fond Monétaire International (FMI) et de la Banque Mondiale, qui proposent entre autres des plans d’ajustement structurels des années 80 et la négociation de prêts sous conditions de libéralisation !

 

…et pour conséquences : la spécialisation des productions pour l’exportation (Cacao en Côte d’Ivoire, Bananes en Equateur, Café au Guatemala…)

 

…et la nécessité de produire plus pour répondre à la demande mondiale, avec pour autres corollaires : des produits phytosanitaires et d’engrais de synthèse ; les semences du rendement de l’Occident ; des technologies Importées et chères !

 

Elle dit avoir pu vérifier l’utilisation anarchique des produits phytosanitaires et des engrais de synthèse. Les dégâts environnementaux et les impacts sur la santé ne sont plus à démontrer…

 

 De là découle l’abandon de l’agriculture vivrière, ces cultures principalement destinés à l’auto-consommation (paysan lui-même ou population locale, en opposition aux cultures destinées à l’industrie agro-alimentaire ou à l’exportation)

 

 

►La sécurité alimentaire (Que la nourriture soit disponible à tout moment, que tout le monde puisse y avoir accès, qu’elle soit adaptée du point de vue nutritionnel tant en quantité : qu’en qualité et en variété et qu’elle soit acceptable sur le plan culturel) n’est pas assurée !

Concurrence du marché international, c’est-à-dire :

Prix des produits basés sur les cours internationaux volatils

Dumping commercial (Pratique commerciale qui consiste à vendre une marchandise sur un marché étranger à un prix inférieur à celui pratiqué sur le marché intérieur, parfois même au- dessous du prix de revient !)

La vente des produits n’est pas rémunératrice !

Précarité des familles paysannes

Exode rural

Bidonvilisation

Migrations (ex : des Guatémaltèques partent au Belize !)

 

►Aujourd’hui, quelles solutions pour répondre à la situation des pays du Sud ?

 Révision des plans d’ajustement structurels du FMI et de la BM

Protection aux frontières (droits de douane)

Quotas d’importation

Arrêt des restitutions à l’exportation (subventions)

Approvisionnement alimentaire d’urgence

Commerce équitable

Renforcer les institutions

Améliorer la coopération entre les acteurs

Développer des capacités de production endogènes

Accès au financement (micro-crédit)

Réapprendre l’agriculture vivrière et sensibiliser !

Développement des marchés et création de valeur ajoutée

 

►Origine et définition du commerce équitable (Loi du 2 août 2005 sur les PME)

 

Reconnaissance du Commerce équitable (C.e.) comme outil de stratégie nationale de développement durable

 Travailleurs en situation de désavantage économique et organisés au sein de structures à gouvernance démocratique

Engagement sur la durée

Prix minimum garanti (organisations de producteurs) ou respect du droit du travail (plantations)

Octroi d’un montant supplémentaire destiné à des projets collectifs (Prime de développement)

 

►Diversités et dérives…

 

Chloé Fontfreyde donne les étapes du développement du C.e., depuis 1964. 1986 : création du premier label de commerce équitable : Max Havelaar, précisant que AlterEco et Artisans du Monde avaient les critères les plus sérieux. Elle explique croquis à l’appui la grande diversité des structures à partir des organisations de producteurs et des plantations, avant les acheteurs, les distributeurs et les consommateurs (puissantes, à fort potentiel, instables, partiellement engagées, avec ou sans main d’œuvre importante, plus ou moins engagés dans les marchés locaux, ou en grande difficulté, aussi bien pour la quantité que la qualité…)

Dans les plantations, on distingue de même celles garanties, avec actionnariat-épargne, celles peu participatives, ou en absence de progrès. Pour certaines : vendre un maximum de produits labellisés commerce équitable pour faire du profit avec une stratégie de gros volumes ; plus aucun intérêt pour faire progresser le commerce équitable ; pas de démocratie participative ; des initiatives qui tirent les normes du commerce équitable vers le bas…

 

C’est là qu’on se rend le mieux compte de la distanciation avec les objectifs avancés au début avec la CNUCED (Conférence des Nations unies sur le Commerce et le Développement) à savoir « rendre les règles du commerce agricole plus justes ! Les objectifs sont devenus ceux de tout commerce : vendre un maximum et faire du profit…

 

La relocalisation des marchés et la priorité Sud-Sud font, dit-elle, faire partie des solutions, comme la recherche de la qualité plus que la quantité.

 

Tournée vers le marché local

Avec une meilleure négociation du prix…C’est enfin

La résilience aux crises extérieures

Les productions vivrières

Le maintien des habitudes culturelles

Des pratiques agricoles plus respectueuses de l’environnement

La légitimité politique des organisations de producteurs sur leur territoire

 

Soit, l’autonomie alimentaire au sein du territoire et la souveraineté alimentaire

 

►Faire autrement ? L’original exemple du centre de Songhaï

 

L’initiateur est un prêtre dominicain nigérian qui voulait changer les mentalités : l’irresponsabilité pot-coloniale, le manque de dynamisme et de recherche, la perte de l’intérêt général et le manque d’information.

 

Il a donc créé une ferme-école avec un système intégré (1) de toutes les activités : culture + élevage (dont la pisciculture pourvoyeuse d’eau avec engrais) + compost et recyclage (y compris avec des asticots, (production d’asticots pour nourrir les poissons à base de carcasses de porcs ou de poules) des mouches, des oiseaux et rats morts !) + énergie et méthanisation + utilisation et revente de micro-organismes de laboratoire concentrés pour la reconstitution de sols fertiles.

Les Microorganismes Efficaces (EM) sont une technologie basée sur le contrôle de l’équilibre microorganique du sol. Par leur action régénératrice, ils limitent l’occurrence des maladies et des ravageurs et augmentent les rendements. Il a ajouté des pigments insecticides ; réinvestit les marchés locaux ; récupéré la ferraille pour construire des machines agricoles réparables sur place…

 

Les résultats : des rendements de 2 à 15 fois plus selon les productions ; une valeur ajoutée augmentée grâce à la vente de produits comme le lait, les savons, la pâtisserie, l’huile, confitures et sirops…et divers aliments pour animaux. Il a développé différentes filières de formation (des stagiaires essaiment dans aussi dans d’autres pays avec le soutien du gouvernement et de l’ONU) et intégré un cyber-café…8450 personnes ont été formées en 30 ans et 5427 ont monté leur propre ferme. On parle de « chercheurs aux pieds nus » pour évoquer cette nouvelle forme de formation, d’information et de recherche. Songhaï reçoit des aides financières mais pas de techniciens étrangers.

 

►Dans les échanges qui ont suivi, ce sont surtout les cas de commerce équitable en France qui ont suscité les questions. Le consommateur français n’achèterait que pour 6,24 € par an issu du C.e.

 

A la question de la propriété foncière, elle répond accaparement des terres notamment par les pays étrangers qui concourent à rendre les paysans sans terres.

 

Quant aux labels, on peut dire que dans nos pays, ils sont déjà nombreux…Précision surprenante : là-bas, sur place, « Commerce équitable » ne dit rien aux gens !

 

Il serait donc bon de l’y faire connaître, en développant les marchés Sud-Sud. Beaucoup achètent les produits occidentaux, dont le coca-cola…Ils ne boivent pas de café et ne mangent pas de chocolat…

 

 Notes de F54 (avec partitions de la conférencière)

 

(1) L’agriculture intégrée, c’est la mise en relation des différents ateliers sur la ferme, une valorisation des déchets agricoles, une agriculture écologiquement responsable, productive, une réduction des coûts liés aux intrants chimiques, énergétiques et aux achats d’aliments.