conférence 4

CCAM, le 7/12/2016

Philippe Madec 

« Comment construire

la ville

au XXI ème siècle ? »

 

 

       Introduction

Dès mon enfance bretonne j’ai compris notre insertion dans la nature. La question ville-nature, si importante aujourd’hui, m’est familière. Mais au-delà, je m’intéresse encore plus à la relation ville-homme.

 

Il importe de toujours vouloir se faire joindre matière et pensée.

 

C’est grâce à l’architecture bienveillante que l’on peut accéder à la bonne vie

 

Nous vivons aujourd’hui une situation particulière et problématique avec l’augmentation de la population (de 7 milliards à plus de 9 milliards annoncés pour 2050 – contre 1 milliard au début du XX ème siècle.

 

Petit historique d’une prise de conscience

 

C’est déjà dans les années 1960 – 1970 qu’une prise de conscience des problèmes que nous rencontrons avec une certaine violence aujourd’hui a lieu :

-          « Pas de croissance infinie dans un monde fini » (Rapport de Rome)

-          « Penser global, agir local » (René Dubos)

Les dates les plus importantes :

1987 : Le Rapport Brundtland et les 3 piliers du développement durable (environnement, économique et social)

1988 : création du GIEC

1989 : création de l’ADEME

1992 : Sommet de la Terre à Rio, l’Agenda 21 et les Comités 21

Ce qui est en question : le niveau de radicalité du changement nécessaire. Pour le Rapport de Rome, l’innovation technologique ne peut pas suffire, il faut aussi agir en profondeur sur les comportements.

Pour cela une révolution culturelle est nécessaire (« Il y a un désir de changement, mais pas de majorité culturelle pour le porter », selon Dominique Voynet). Sinon, gare au « Green Washing » !

 

La crise du climat

 A méditer : 15 des 16 années les plus chaudes enregistrées sont les 15 premières années du XXIème siècle

 Contre les climato-sceptiques (C. Allègre), écouter les scientifiques spécialistes du Climat, et les synthèses faites régulièrement par le GIEC, et aussi l’appel à responsabilité (H. Jonas, Le principe de responsabilité, 1974)

 On peut déjà voir aujourd’hui les catastrophes naturelles mener aux guerres (Irak 2005)

 

Les conséquences

 Nous devons diminuer nos besoins en ressources (énergie en particulier). Cela a des conséquences pour l’architecture et l’urbanisme.

 Des sommets « Habitat » se tiennent tous les 20 ans (Vancouver en 1976, Istanbul en 1996, Quito en 2016. Mais une fois tous les 20 ans, c’est peu. Heureusement il existe d’autres initiatives (Réseaux des « Slows villes », des « Villes en transition »).

 A noter en 2007 la « Charte de Leipzig du développement durable » (téléchargeable sur Internet)

 Le secteur du bâtiment s’est vite impliqué – il est très énergivore – près de la moitié de l’énergie consommée en France. Des labels permettent d’indiquer les bonnes pratiques et de contrôler les résultats : Minergie (Suisse), Passivhaus (Allemagne) et, depuis 1996, HQE en France.

 

Que retenir de Quito 2016 (Habitat 3) ?

Pour la première fois, tous les participants ont reconnu que le développement durable constituait le seul avenir possible pour les villes. Au-delà, les points essentiels à retenir

Co Contrairement à ce que l’on a trop dit, il ne faut pas considérer l’avenir du monde comme exclusivement urbain. On parle à nouveau de village, de rural, autrement que comme de vestiges en voie de disparation.

2.      En France, les villes représentent 60% de la consommation d’énergie, 70% des rejets de GES (gaz à effet de serre), 70% des déchets, et 70% du PIB. Mais il y a un abus : dans le classement « urbain », on prend en compte tout le péri-urbain qui est rural tout autant qu’urbain. « J’aime les villes, explique P. Madec, mais plus encore l’équilibre des territoires, qui laisse toute sa place à une campagne vivante".

 

3.    Il faut d’ailleurs considérer les choses encore autrement, en termes d’empreinte et de dette écologique.

Un Une ville comme Paris à une empreinte écologique de 313 (ce qui veut dire qu’elle excède de 313 fois sa bio capacité), et elle ne pourrait exister sans la campagne qui l’entoure et, entre autres choses, la nourrit. Aussi les villes ont elles une véritable dette écologique envers les campagnes qui les entourent, dont elles devraient s’acquitter d’une façon ou d’une autre

 

4.       Un autre point très important qui a été « acté » à Quito : le fait qu’il n’y a pas une solution urbaine qui vaille pour tout le monde. Il y a autant de solutions que de lieux. Ce que Diderot avait déjà parfaitement vu (« Lettre sur le monument de la place de Reims »). Il ne doit pas y avoir de confusion entre unité et universalité. Il faut garder les idiosyncrasies : ce qui est universel c’est – et cela doit rester - la différence !

 

Comme l’écrivait Alvar Aalto : « Plus on s’inscrit dans une culture, plus on touche à l’universel ».

 

L’architecture doit se faire bioclimatique

1.    Il faut dénoncer l’architecture « placelessness », qui a perdu le sens du lieu. Ne pas oublier que c’est le vent qui a dessiné les fermes bretonnes.

 

2.    L’architecture bioclimatique s’intéresse de façon très fine à l’ensemble des éléments naturels (soleil, nature, vent, etc.) pour en faire des alliés de ses projets.

 

3.    Il faut une bonne densité de l’espace public (pour lutter contre l’étalement).

 

4.    Il faut penser – et réaliser - la ville au-delà de la voiture. La ville de demain est une ville de proximité (tout ou presque peut se faire à pieds, vélo ou transport en commun). Le nouveau repère : le calcul en distance/temps (et non plus seulement en kms) – 10 minutes pour aller à l’école à pied)

 

5.    Il faut changer notre rapport à la rue. Il faut travailler sur les continuités. Les rues doivent être des lieux de vie et de rencontres.

 

La clé de tous les changements espérés : l’acceptabilité, et derrière elle la désirabilité

Toujours à Quito, il y a eu unanimité pour souligner l’importance, véritablement décisive, de la participation citoyenne (en étant conscient que là aussi il y a plusieurs façons de faire).

 

Ce qui rend possible cet engagement, c’est donc sa désirabilité. C’est là le rôle de la culture : c’est à partir d’elle et à travers elle que le changement devient envisageable

 

Philippe Madec conclut cette partie de l’exposé en citant Hannah Arendt : « Ce qui est important, ce n’est pas de chercher qui a l’autorité, mais ce qui fait l’autorité. Et ce qui fait l’autorité, c’est un projet partagé »

 

Un exemple de réalisation de Philippe Madec : le quartier Paul Bonsecours à Bordeau

On peut découvrir ce projet à l’adresse :

 

http://www.sudouest.fr/2016/01/20/cite-paul-boncour-a-bordeaux-la-concertation-qui-marche-2248346-4726.php

 

Conclusion

 Alors, le développement durable, une contrainte de plus ? Non, le développement durable est tout le contraire : l’ambition contre la contrainte !                                                                                                                  D.G.