conférence 3

mercredi 23 novembre 2016

Eirick Prairat

 

« Qu’est-il arrivé

à l’autorité éducative ? »

 

 

Lourde érosion et lente séduction…

 

 

 

Pour partir des bonnes questions, il convient de rappeler quelques remarques élémentaires nécessaires avant de comprendre la longue et lourde érosion de l’autorité à l’école…

 

 

Quelques mots qui font poids …

 

Il importe de ne pas confondre autorité et pouvoir.

Car l’autorité n’est pas domination.

De même que l’obéissance n’est pas plus la soumission.

 

L’autorité est de l’ordre de l’influence qu’on exerce et non  de la contrainte que l’on impose.

 

 

Polémiquer sur  « pour ou contre l’autorité ? » n’a aucun sens.

Il n’y a pas d’éducation sans autorité. Eduquer, c’est autoriser ; et grandir, c’est se sentir progressivement autorisé, puis avoir accès à davantage d’autonomie.

Il n’y a pas d’Autorité sans interdiction ni autorisation, sans limitation ni permission.

 

 

L’ Autorité de l’adulte vient de sa culture, de son expérience et son savoir-faire, de ses techniques et de ses connaissances qui permettent l’acte d’éduquer. Comme l’a bien transcrit Locke : « l’éducateur, c’est celui qui ouvre doucement la lumière du monde ». Aussi l’Autorité est-elle initiation et invitation, car on a besoin d’être introduit et accompagné dans le monde. Voilà la nécessaire trilogie : référence extérieure/ éducateur/éduqué…des relations spécifiques.

 

 

On peut dire que l’Autorité n’est pas vraiment coup de foudre, mais plutôt lente séduction, car elle appelle la reconnaissance…

Et comme le développe Anna  Arendt  notamment, "l’autorité c’est obéir et rester libre".

 

En se préparant à sa prochaine mort symbolique, l’éducateur l’est dans le temporaire.

 

Avec Autorité sont liés dissymétrie, autorisation, reconnaissance, tiers engagé et partagé, ainsi que la notion de Temps.

 

 

Pourquoi lente érosion ? Une explication sociologique, philosophique et anthropologique.

 

D’abord une perte de confiance, de la désillusion et du désenchantement. L’autorité est chahutée au nom d’une institution qui ne tient plus ses promesses,  celles de l’égalité, de la réussite, du métier au bout des études, du diplôme suffisant pour l’obtention d’un emploi. Maturité, Modèle, Maturation se sont fragilisés et fissurés.

 

Ensuite, les rapports d’altérité se sont progressivement effacés au profit d’une passion pour  l’égalité, en faveur des droits des égaux. Des valeurs de la modernité, telles la tolérance, la générosité, la solidarité et l’hospitalité se sont accompagnées d’une déclivité de l’altérité.

 

La sanctuarisation de l’école proposée comme remède est une douce illusion.

 

 

Le report sur les familles a renforcé les tensions : l’environnement socio-familial  plus ou moins favorable a accentué les écarts entre celles qui ont les arguments et les possibilités (notamment financières) de mener à bien l’évolution des enfants et celles qui peinent  culturellement, financièrement en accumulant parfois  les handicaps : langue, chômage, éloignement…

 

 

Enfin, le point de vue anthropologique met en avant l’omniprésence du présent, un présent qui inquiète, qui rend le passé très lointain et l’avenir incertain : les aimants du futur ont en grande partie disparu. La prochaine génération vivra moins bien…

 

 

On se plaisait à dire : « là où je suis, où tu ne te trouves pas encore, tu y accèderas à ton tour » et ce n’est plus autant vrai. Loin de là. La transmission est devenue difficile.

 

Sont passés aussi par-là l’apport des pairs souvent préféré à celui des pères, un certain diktat de la mode, de la pub, du tactile, des jeux vidéo, d’émissions de télévision et des marchés qui ont exercé une nouvelle concurrence déloyale.

 

 

Ne partez pas désespérés !

 

Le conférencier propose des pistes pour échapper  à cette sinistrose :

 

Une attitude personnelle grâce à une fidélité aux grands principes : être juste, respectueux et exigeant.

 

Des formes collectives de travail : la collaboration plus que la concurrence.

 

Une orientation politique qui ne fait pas du présent  et de l’immédiateté une tyrannie mais qui créée avec l’école une oasis de décélération !

 

 Au cours des échanges sont développées les formes de démultiplication de l’autorité ;  les repères établis par les enquêtes Pisa, qui ont permis à des pays comme  l’Allemagne de réagir ; les apports de la pédagogie inversée [1], le poids du chômage ;  l’avarice des récompenses ;  la sanction comprise comme seule punition.

L’école ne peut cependant suppléer ce qui n’est pas fait avant, ni ailleurs…

On lui demande beaucoup en effet.

 

 

A l’enfant aussi, pour qui on pense son avenir et qui doit travailler en conséquence. L’enfant ? S’il ne comprend pas l’enjeu de l’école, peut avoir cependant conscience d’un certain désir avec l’école d’échapper à l’enfance, pour rejoindre le monde des grands…