1- Jo SPIEGEL : VILLE EN TRANSITION, un nouvel engagement citoyen

Parler de démocratie...

et de moments de bonheur !

 

Jo Spiegel, maire (puis conseiller général, régional et président d’intercommunalités) de Kingersheim, dans le Bas-Rhin (13 000 habitants, près de Mulhouse a fait un plaidoyer éloquent en faveur de la démarche démocratique et citoyenne.

 

Avec une faconde pas possible, il a aligné les principes, les points et priorités, les contraintes et les espoirs pour redonner du sens au bien vivre ensemble [1]

S’il reconnaît avoir eu la grosse tête pour les débuts de son premier mandat local, il a retrouvé une humilité attachante : « il est difficile d’aller contre le cours des choses », annonce-t-il d’entrée. Prof d’EPS (à la retraite) sur Nancy, fils de cheminot, il a au fil du temps développé les espaces (Maison de la Citoyenneté) et les étapes de la démocratie citoyenne (Charte municipale...)

Pour chaque projet, il faut de la préparation, de la méthode, de l’écoute, de la bienveillance, de la justice et bien s’entourer de toutes les parties ! Aussi est-il possible de présenter les passages quasi obligés de la démarche qu’il a initiée et surtout co-construite.

                                                              

Sous forme d’abécédaire ?

Appartenance : entre le haut et le bas, le représentant et le représenté : de plus en plus de distance. Mais on a besoin d’un repère géographique qui soit culturel et historique (ce qui n’a pas été fait pour la réforme des super-régions)

Assistanat (politique) :…et paresse politique : c’est notamment réduire l’engagement aux seules élections (et souvent aux promesses) qui  arrangent ceux qui ont un poste à gagner, à défendre. Entre chaque échéance, (presque) plus rien. Il arrive au mieux qu'on sollicite le citoyen pour des détails ou de lui laisser croire qu’il a un poids et sera écouté...

Co…construction : à la place de transition démocratique et de démocratie providentielle, le maire préfère co-construction (ensemble, le pouvoir de…et non le pouvoir sur…) Il préfère la maturité, la complexité et l’altérité. Le « plus ou moins » plutôt que le « tout ou rien » : le simplisme étant souvent synonyme de mensonge. Le côte-à-côte est moins stérile que le face-à-face…Aussi apprécie-t-il le développement des intercommunalités qui obligent à travailler ensemble.

Décision : définir ce qui reste négociable et ce qui ne l’est pas. Ce qui est décisif, c’est ce que l’assemblée propose, et la décision reste aux élus. Le maire peut annoncer le ou les points jusqu’où il n’ira pas.

Dire / Faire : Dire ce que l’on fait et faire ce que l’on dit…va aussi de pair avec annoncer ce que l’on ne fera pas (afin de garder les priorités)

Proximité : allers-retours, avoir l’énergie des porte-à-porte ; proposer des questionnaires y compris électroniques et en donner les résultats commentés ; faire appel à des électeurs suivant la nature des projets avec tirage de volontaires (un sur six accepte) ; faire de l’écoute active avec retours…

Temps : tenir compte de la durée ; préférer la lenteur ; donner de l’importance ENTRE les échéances électorales (réunions, débats, questionnaires, projets, bilans. Ne jamais baisser la garde…

Valeur : se donner du silence (« on a besoin continuel d’un souffle nouveau ») entre ses engagements : Jo Spiegel parle d’un besoin de spiritualité pour se co-construire. Faire de l’écoute active et apporter réponse(s) aux questions. Transparence, équité, singularités, réciprocités, donner du sens, s’impliquer… [2]

Jo Spiegel trouve dans le développement de l'intercommunalité une réforme très positive qui oblige à mieux travailler ensemble.

Bonheur : et on en vient à « notre » titre, révélateur et a priori incongru.

Parmi les exemples développés par le conférencier, la démarche initiée ensemble pour créer un lieu de culte pour les Musulmans a été l’objet d’une explicitation très écoutée. La démarche a échoué à Marseille après des années et des années de palabres et ce, malgré la pose symbolique de la première pierre.

Ici, on a invité les associations pour libérer la parole et la peur.

L’élaboration a été collective avec des équipes-projets ; des personnes référentes qui avaient déjà l’expérience de situations identiques ;  des ingénieurs de débat public extérieurs, qui rappellent notamment les règles comme « dire Je à la place de Nous », où on n’applaudit ni ne siffle les intervenants. Entre deux séquences, on rappelle les étapes en vue d’un compromis progressif.

A la fin de débats animés entre opposants, retrouver les plus vindicatifs qui restent au point de pouvoir dire « mais, moi, je n’ai rien contre les Musulmans » fait partie de ces bonheurs auxquels un moment on ne croyait plus.                                                                                                                                                                 F54

 

(1)   [1] "Bien vivre ensemble" : une expression entendue lors de multiples interventions (le « buen vivir »), chez Patrick Viveret, Céline Renouard…

 

(2) [2] lire « Faire renaître la démocratie » (manifeste, qui comprend des propositions très concrètes et structurantes pour l’avenir ; volontairement peu nombreuses et simples, ancrées dans nos pratiques quotidiennes, elles sont cohérentes et font système entre elles. Elles constituent les bases du changement et créeront les conditions du renouveau démocratique. Ecrit avec Pierre-Olivier Archer, Jean Laversanne, Guillermo Martin, Patrick Plantier.