Achtoung : la lecture se faisant par ordre chronologique, il convient d'aller en fin de rubrique pour lire les derniers compte-rendus...C'est comme une histoire...Merci.


La philo en petits morceaux 1

24 février – Au CCAM

« Les escargots font-ils des maths ? »

(Philippe Lombard)

Réalisation : Philippe Thomine

Voir : http://www.universcience.tv/categorie-la-philo-en-petits-morceaux-605.html  et http://www.universcience.tv/video-les-escargots-font-ils-des-maths-3169.html

Une centaine de personnes (!) se sont déplacées à Vandœuvre-lès-Nancy pour se faire un avis sur l’interrogation reprise sur la capture d'écran (ci-dessus)

 

Mis heureusement en appétit par un petit film impertinent de 5’46 ‘’, les échanges se sont développés d’abord à partir d’exemples plus ou moins concrets et plus ou moins pertinents, afin d’essayer de répondre au « casse-tête » énoncé ci-dessus…

Pas facile d’intervenir en premier. Où seraient les mathématiques dans la nature ? Dans la spirale de l’escargot ; les écailles de la pomme de pin (suite de Fibonacci /1) ; les feuilles de fougère comme fractales, la parabole décrite par le jet de pierre, les alvéoles croisées des ruches en « gaufrage «  pour économiser de la cire… ?

La science moderne est née avec Galilée qui déclare : "la Nature est un livre écrit en langage mathématique". Pourtant les mathématiques semblent se construire indépendamment du monde physique. Comment celles-ci peuvent-elles alors le décrire avec une telle précision ?

Décrire, prendre en compte, prédire une suite et des conséquences…plutôt qu’expliquer : voilà certainement la distinction efficiente. Le maître-mot, non ?

La nature préexiste avant les mathématiques. L’homme pense, imagine et essaie de comprendre le comment ; car le pourquoi , lui, reste complètement inexpliqué !

Que signifie ce rapprochement entre mathématique et nature (le réel ?)

A la rescousse : la cosmologie et l’astronomie, la gravitation et la relativité, la géométrie différentielle et les ondes gravitationnelles, l’antimatière, les trous et l’énergie noirs, la mécanique quantique ! Avec des détours par le « magique » nombre d’or, la théorie des catastrophes et celle plus scientifique du Chaos…A la rescousse aussi : Le Verrier (2), Kepler (3), le Nancéien Henri Poincaré (4), Newton, Einstein, etc.

Fragilité des découvertes comme du cosmos ou stabilisation de certains phénomènes, éloignement ou non, vitesse accélérée ou ralentie… ? Les mathématiques cherchent une forme de modélisation.

De fait, on constate dans l’Histoire et l’histoire de la pensée que se succèdent des avancées avec Aristote, Pythagore et Kant : l’empirisme, les chiffres gouvernent le monde, notre entendement d’homme qui est à la base de tout. On évoque alors notamment le Déterminisme…

De fait le rapprochement des mathématiques avec la création artistique peut se concevoir. Hors la beauté des symétries, des ellipses et des suites par exemple, on constate que la pensée imagine, cherche et se donne des outils pour avancer. On peut alors même évoquer les fantasmes.

En revanche, les rapprochements avec la psychologie sociales sont aisément discutables (ils se rapprochent plutôt des statistiques). De même, on parle à tort de science de l’économie…mais c’est surtout dans les médias.

D’autres interrogations en découlent : cette création scientifique est-elle  à détacher de l’utilité ? Ou du danger généré par ces conséquences ?

Le chercheur est d’abord concentré sur la démonstration du comment  (quels sont les outils ?) Il fait essentiellement preuve de curiosité intellectuelle : la partie théorique.

Et c’est à nous tous de dire ce que l’homme en tire comme applications (la partie pratique). L’interrogation devient plutôt : que fait-on du progrès ?

 

L’exemple de la future utilisation mondiale des données informatiques (Big data 5) se présente comme un des problèmes d’actualités aujourd’hui  □ fgh

 

1 – La suite de Fibonacci est une suite d'entiers dans laquelle chaque terme est la somme des deux termes qui le précèdent. Elle commence généralement par les termes 0 et 1 (parfois 1 et 1) et ses premiers termes sont : 0, 1, 1, 2, 3, 5, 8, 13, 21, etc. (suite A000045 de l'OEIS). Elle doit son nom à Leonardo Fibonacci qui, dans un problème récréatif posé dans l'ouvrage Liber Abaci (publié en 1202), décrit la croissance d'une population de lapins : « Un homme met un couple de lapins dans un lieu isolé de tous les côtés par un mur. Combien de couples obtient-on en un an si chaque couple engendre tous les mois un nouveau couple à compter du troisième mois de son existence ? »

 

2 - Urbain Jean Joseph Le Verrier, né à Saint-Lô le 11 mars 1811, mort à Paris le 23 septembre 1877, est un astronome et mathématicien français spécialisé en mécanique céleste, découvreur de la planète Neptune et fondateur de la météorologie moderne française.

 

3 - Johannes Kepler : (ou Keppler), né le 27 décembre 1571 à Weil der Stadt et mort le 15 novembre 1630 à Ratisbonne dans l'électorat de Bavière, est un astronome célèbre pour avoir étudié l’hypothèse héliocentrique de Nicolas Copernic, affirmant que la Terre tourne autour du Soleil et surtout pour avoir découvert que les planètes ne tournent pas autour du Soleil en suivant des trajectoires circulaires parfaites mais des trajectoires elliptiques.

 

4 - Henri Poincaré, né le 29 avril 1854 à Nancy et mort le 17 juillet 1912 à Paris, est un mathématicien, physicien, philosophe et ingénieur français. Il a réalisé des travaux d'importance majeure en optique et en calcul infinitésimal. Ses avancées sur le problème des trois corps en font un fondateur de l'étude qualitative des systèmes d'équations différentielles et de la théorie du chaos ; il est aussi un précurseur majeur de la théorie de la relativité restreinte et de la théorie des systèmes dynamiques. Il est considéré comme un des derniers grands savants universels, maîtrisant en particulier l'ensemble des branches des mathématiques de son époque.

 

5- - Big data : Le big data, littéralement les « grosses données », ou mégadonnées, parfois appelées données massives, désignent des ensembles de données qui deviennent tellement volumineux qu'ils en deviennent difficiles à travailler avec des outils classiques de gestion de base de données ou de gestion de l'information.

 

(https://fr.wikipedia.org/wiki/)

NDLR : objectif de ne citer aucune formule  dans le texte, pour un sujet sur les maths : acquis… !


La philo en petits morceaux 2

 

25 mars – Au CCAM

 

 

« Vous avez dit paradigme ? »

 

Réalisation : Philippe Thomine

 

(Cyrille Imbert, chercheur aux Laboratoire d’histoire des sciences et de philosophie “Les archives Poincaré”.)  

Voir : http://www.universcience.tv/video-vous-avez-dit-paradigme-3325.html et http://www.universcience.tv/video-les-escargots-font-ils-des-maths-3169.html

 

 

Une trentaine de personnes se sont déplacées à Vandœuvre-lès-Nancy pour savoir ce qui se cachait derrière cette assez mystérieuse interrogation…

 

► Canard>lapin, lapin>canard…

 

Si on change de taille, de sexe, d’époque, de pays, on se représente assez aisément que tout autour est différent et qu’on est obligé de faire avec une nouvelle vision : on change de paradigme…

 

Quelques images nous aident à considérer facilement le changement de paradigme : le dessin représentant une tête de canard rieur et en même temps celle d’un lapin sérieux (ci-dessous); une robe qui, selon la sur ou sous-exposition, passe du blanc et doré au bleu et noir ou d’un esquimau capable de distinguer plusieurs blancs dans son environnement…

 

Si on évoque les principaux bouleversements scientifiques, il en va de même. Entre la nouvelle connaissance du cosmos apportée par Copernic par rapport à celle de Ptolémée…avec la nouvelle mécanique promulguée par Newton, avec la théorie de l’évolution énoncée par Darwin, avec la chimie moderne par Lavoisier ou la chimie moléculaire avec Watson et Crick, il saurait apprécier la nouveauté.

 

► Quoi de neuf sur la voûte céleste ?

 

C’est un certain Thomas S. Kuhn, philosophe des sciences et historien des sciences américain qui s’est penché sur le problème avec originalité et non sans controverses. Il a repris le concept de révolution scientifique et introduit celui, devenu classique, de changement de paradigme. Selon le regard posé sur le dessin, on y reconnaît alternativement le profil d’un canard ou d’un lapin. Kuhn transpose ce phénomène à la science. À un instant précis, correspondant à un état particulier des croyances sociales porteuses d’un point de vue sur la nature, le scientifique a une représentation théorique particulière du monde.

 

Celle-ci change dès que le point de vue se modifie, car on ne peut plus revenir en arrière.

 

Kuhn dit encore que les théories scientifiques ne sont pas rejetées dès qu’elles ont été réfutées, mais seulement quand elles ont pu être remplacées. Ce remplacement est pour partie un phénomène social (et donc imitatif).

 

 

► Science « normale », science révolutionnaire ?

 

On ne peut plus revenir en arrière ? Pas évident.

 

On constate que des théories cohabitent ! Les notions de besoins, de praticité et d’échelle peuvent être évoquées (par exemple pour les calculs sur les distances courtes où la géométrie classique parait plus « efficace ») Parfois le paradigme antérieur « marchait » plutôt bien. Pourquoi abandonner l’ancien ? Et pourquoi, si c’est meilleur aujourd’hui, cela marchait-il quand même avant ! Avec le nouveau, les différences de calcul sont dans certains domaines minimes…Cependant, rétorquera-t-on, si c’est approximatif, cela reste faux !

 

Un nouveau paradigme  serait-il synonyme de source de progrès ? Cela ne semble pas évident dans la différenciation entre conceptions occidentales et asiatiques, dans le domaine du langage, dans la comparaison entre laboratoires travaillant différemment. Il semble possible de conserver des visions complémentaires : l’animal raisonnable décrit par Aristote, l’homme intellectuel selon Descartes, le structuralisme à propos du langage, le neuronal puis la machine (intelligence artificielle) aujourd’hui…

 

Aussi peut-on toujours se demander : quels outils représentatifs de base utilise-t-on ? (géométrie, droite, courbes en 3d…) Quelles « vérités » plus ou moins avancées seraient indiscutables ?

 

Comment ne pas voir que certaines représentations scientifiques sont adossées à des conceptions métaphysiques et religieuses (la courbe idéale, le monde parfait, fini…)

 

🏼Mais alors peut intervenir le concept de relativisme, qui consiste, schématiquement, à dire : « Toutes les opinions se valent. » ou encore « A chacun sa vérité. » D’autre part, l’idée d’un progrès discontinu en science peut aussi être problématique. Celle-ci contredirait, en effet, l’évolution et le progrès linéaires de la science pour s’approcher de la Vérité, définie par des critères précis de scientificité.

 

🏼Un nouveau paradigme engendrerait une réticence voire une angoisse ? Eglise et écoles scientifiques auraient tout à redouter d’un changement de paradigme qui remettrait en cause les découvertes d’avant…Qu’on puisse vivre la tête en bas, que la terre soit ronde impliquent des changements de vision stressants. Un nouveau paradigme appellerait une nouvelle expérience collective : enseignement, éducation, d’autres structures mentales et sociales…en demandant de nouvelles associations afin de mieux avancer et approfondir ; un nouvel inconscient collectif à englober dans un corpus revu.

 

🏼Le paradigme peut enfin être d’abord lié à un nouveau besoin, comme les calculs dans l’espace…-temps.

 

🏼Il subsiste encore bien des inconnues. Des avancées sont lentes, difficiles et discontinues.

 

🏼Le rapprochement vers une Vérité parfois délicat.

 

 

Avec la Connaissance, il est admis que l’on avance. Vers plus de progrès ? Quantitatif et/ou qualitatif ? Cela resterait incertain !   ▪ f54

 

Lapin-canard…Et derrière la voûte céleste…

 https://fr.wikipedia.org/wiki/Astrologie   Par Heikenwaelder Hugo, Austria, Email : heikenwaelder@aon.at, www.heikenwaelder.at — La version en noir & blanc connue est dans Camille Flammarion (1842-1925).- L'atmosphère : météorologie populaire, Hachette, Paris, 1888, p. 163, CC BY-SA 2.5, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=680837 / CC BY-SA 2.5


Philo en petits morceaux 3

 

Le principe de précaution !

 

Denis grison

 

(Film de Philippe Thomine : à voir sur https://www.youtube.com/watch?v=q7ABuRwmtWw)

 

Faites attention ! Prudence. Sujet à risque…Le petit film introductif de six minutes se passe en effet chez Dieu qui s’étonne de voir les Terriens s’intéresser depuis les années soixante-dix (du vingtième siècle) au principe de précaution.

 

 

Le trou dans la couche d’ozone et le sang contaminé les ont poussés à la réflexion et à la réaction. A la prudence et à la précaution ils ont ajouté dans les droits et la jurisprudence publique un principe nouveau : celui de précaution. Au sommet de Rio ainsi qu’au sommet de Maastricht en 1992, dans des directives de l’UE en 2000 puis dans la Charte de l’Environnement accolée au Préambule de la Constitution en France (2005) les textes en font foi. Et lois !

 

 

Après l’Histoire l’expansion

 

 

Les domaines d’intervention se sont alors multipliés : l’alimentaire avec la vache folle, l’agriculture avec les pesticides, les OGM, les forêts (pluies acides), et la mer (du Nord) notamment se sont ajoutés à l’amiante et au tabac. Grosses affaires et grands lobbies en jeu…

 

 

« Le principe de précaution est un principe philosophique qui a pour but de mettre en place des mesures pour prévenir des risques, lorsque la science et les connaissances techniques ne sont pas à même de fournir des certitudes, principalement dans le domaine de l'environnement et de la santé ». [1]

 

 

Peut-on agir avant d’avoir des certitudes ? Déjà pour les scientifiques cela amène à un changement de paradigme. L’Appel de Heidelberg avait fait réagir d’éminents scientifiques qui y voyaient l’instauration d’une pseudoscience qui dirait a priori des dangers non vérifiés…Des industriels, ingénieurs et philosophes y voient un frein au Progrès, à la Croissance, à l’Innovation.

 

Denis Grison se sert de cette définition pour écarter les débats relatifs aux faits de société (troubles de la voie publique, problèmes d’incarcération, de récidive, de départ vers la Syrie pour djihadisme, de migrations, etc.) De la même façon, on ne retiendra pas la notion de principe de précaution pour une autoroute fermée en cage de risque de neige imminent, de camping interdit en cas d’inondation probable : ces cas font fait vraiment partie de la prévention. La science n’y est pas interrogée directement.

 

Des précisions sur le ciblage du principe sont amenées durant les échanges.

La primauté semble revenir à tout ce qui tient au monde du vivant, à la biodiversité. Les microparticules sont également évoquées. Les générations futures à travers l’enfouissement des déchets de très longue durée sont concernées.

 

Denis Grison avance alors la nécessité de faire bon usage du principe de précaution : une gamme de mesures appropriées, proportionnées et révisables (a contrario pas au prix d'un million de vaccins anti-grippe…), une réflexion et construction en amont (il cite la prudence aristotélicienne) [2]

 

 

Parier sur l’intelligence et la confiance !

 

 

Il semble plus que jamais nécessaire de trouver une nouvelle forme de démocratie adaptée aux évolutions et transformations si rapides de la science : groupes de paroles, référendums, décision par…Sciences et conscience…Science et confiance ? Un essor pour la science cindynique ? [3]

Pour dépasser la peur, l’irrationnel, l’abstention et le repli, il paraît important de développer la recherche dès que possible, en amont de toute grande évolution annoncée. Sans la science, qu’aurait-on aussi pu faire de stupide !

 

Dans l’exemple de Bure, la décision ne doit pas se faire sans le développement accéléré des énergies renouvelables, surtout au moment où l’EPR devient un immense casse-tête.

Moratoire ? Referendum ? Décision ultime ? Décrispation ! Patrick Viveret a énoncé lors de la première conférence de l’UP2V (Cf. 1ère conférence sur ce site) des méthodes pour améliorer et faire avancer le débat. On ne peut pas être les ennemis  les uns des autres devant les dangers de l’avenir. « Jouer » perdants/perdants est et serait  stupide…

 

De même, la défense des lanceurs d’alerte est-elle à améliorer.

Le procès fait au Dr Séralini [4] avec son expérience sur un nombre certainement trop restreint de souris déformées par les OGM est édifiant. Si l’expertise est faite uniquement par les laboratoires liés aux industriels, il est cependant à redouter la partialité de leurs conclusions !

 

Au-delà de chaque découverte, le citoyen ne doit-il pas se déterminer plus clairement sur le modèle de société dans laquelle il veut vivre ! Est-ce celle des Monsanto/Cargill et des méga-fermes du Middle-West des USA, des hommes améliorés face à des sous-hommes qui n’auront pas les moyens des « transformations"...

 

Est-ce que chacun à son niveau n’a pas déjà à faire des choix qui l’impliquent dans le quotidien : connections wifi des ordinateurs et des portables ; proximité et volume des antennes notamment ? L’éthique se décline à tous les niveaux. Une nouvelle éthique qui dépasse le seul humain, d’autres espèces, les écosystèmes et même les générations futures.

 

 

De fait, il s’avère que le sujet le plus complexe et dangereux serait celui du développement du transhumanisme. Le principe de précaution serait de nature ô combien symbolique alors… F54

 

 

 

[1] Contrairement à la prévention qui s'intéresse aux risques avérés, la précaution, forme de prudence dans l'action, s'intéresse aux risques potentiels. Elle recouvre les dispositions mises en œuvre de manière préventive afin d'éviter un mal ou d'en réduire les effets, avant qu'il ne soit trop tard.

 

Le principe de précaution existait à différents niveaux dans des chartes et conventions internationales ou dans des lois nationales. Mais c'est en 1992, lors de la Déclaration de Rio (principe n°15), qu'il a été entériné, à l'issue de la deuxième Conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement.

 

En France, la loi n° 95-101 du 2 février 1995 (dite loi Barnier) relative au renforcement de la protection de l'environnement énonce ainsi le principe de précaution : "l'absence de certitudes, compte tenu des connaissances scientifiques et techniques du moment, ne doit pas retarder l'adoption de mesures effectives et proportionnées visant à prévenir un risque de dommages graves et irréversibles à l'environnement à un coût économiquement acceptable".

 

Compte tenu du champ très large de ce principe et de l'absence de définition précise, sa mise en œuvre est sujette à des interprétations contradictoires.

 

Exemples de risques potentiels : - Le réchauffement climatique - La culture des OGM- Les ondes radio des téléphones portables et des antennes de téléphonie mobile- La maladie de la vache folle…> Termes connexes : Environnement / Sécurité / Sûreté / Précaution / Prévention…  (http://www.toupie.org/Dictionnaire/Principe_precaution.htm)

 

 

[2] La Phronesis (φρόνησις en grec ancien) est un concept philosophique. Employé en particulier dans l'Éthique à Nicomaque1, ce terme a été traduit par « prudence » par Jules Tricot. Une traduction récente, de Richard Bodéüs, a choisi de le traduire par « sagacité », ou tempérance.  (Wikipedia)

 

 

 [3] La cindynique (du grec κίνδυνος / kíndunos, danger) regroupe les sciences qui étudient les risques. On l'appelle aussi « science du danger ». Elle s'intéresse plus particulièrement aux risques industriels et plus spécifiquement aux risques majeurs. La cindynique combine des aspects de sciences naturelles (géologie et météorologie pour les catastrophes naturelles, chimie et physique pour les catastrophes industrielles), des aspects de sciences humaines (psychologie, urbanisme, économie). Elle connaît en aval des applications possibles en informatique (plan de continuation à la suite d'une catastrophe) ou dans la gestion de projets stratégiques complexes.

 

[4] Gilles-Éric Séralini est un universitaire français, professeur de biologie moléculaire depuis 1991, chercheur à l'Institut de biologie fondamentale et appliquée (IBFA) de l'université de Caen et codirecteur du pôle Risque Qualité et Environnement Durable de la Maison de la Recherche en Sciences Humaines 4 (pôle associé au CNRS). Il s'est fait notamment connaître du grand public pour ses études sur les OGM et les pesticides et, en particulier, une étude toxicologique controversée et fortement médiatisée5 publiée en septembre 2012, portée par le CRIIGEN, dont il est membre fondateur, mettant en doute l'innocuité du maïs génétiquement modifié NK 603 et du Roundup sur la santé de rats    (Wikipedia)


"LA PHILO EN PETITS MORCEAUX" #4

Projection-débat le vendredi 27 mai - 20h30

au CCAM de Vandœuvre-lès-Nancy

 

UN PEU D'IMAGINASCIENCE !

 

Invité : Christophe Bouriau, philosophe et Membre des Archives Poincaré (UL)

 

Devant un public de 70 personnes et dans la grande salle du CCAM, comme d'habitude, le débat est introduit par un film de Philippe Thomine intitulé "Un peu d'imaginascience !"

 Ce film peut être revu ici : https://www.youtube.com/watch?v=WYxKSGDRIK0

 

Il présente 3 expériences de pensée, deux expériences de pensées scientifiques donc et une philosophique.

 

1- celle de l'ascenseur d'Einstein (https://fr.wikipedia.org/wiki/Ascenseur_d%27Einstein)

 

2- celle du chat de Schrödinger (https://fr.wikipedia.org/wiki/Chat_de_Schrödinger)

 

3- celle du cerveau dans la cuve d'Hilary Putnam (https://fr.wikipedia.org/wiki/Cerveau_dans_une_cuve)

 

Ces "expériences de pensées" sont des expériences imaginaires ou fictionnelles dont se servent scientifiques ou philosophes dans leurs réflexions.

 

La question est posée par le film : Comment le "faux" peut-il conduire au "vrai" ? Comment la fiction peut aider à comprendre la réalité ? L'intervention de la fiction dans le rationnel peut sembler, incongrue, paradoxale et remettant en cause l'autonomie du rationnel voire son autorité. Comment répondre à ce paradoxe apparent ?

Après le film, c'est précisément cette question qui est reposée.

Enrichie de citations rationalistes :

 L’imagination est "la folle du logis" selon Nicolas Malebranche -1674- dans "De la recherche de la vérité. Où l'on traite de la Nature de l'Esprit de l'homme, & de l'usage qu'il en doit faire pour éviter l'erreur dans les Sciences"

Elle est "Maîtresse d’erreur et de fausseté "selon Pascal - Les pensées -1669

 

Pour éclaircir le problème d'autres expériences de pensées sont d'abord racontées par Christophe Bouriau et Philippe Thomine :

 La première concerne la chute des corps et est due à Galilée.

 A ce propos Christophe Bouriau indique qu'il existe plusieurs types d'expériences de pensée :

- certaines peuvent constituer de raisonnement comme celle de Galilée (raisonnement par l'absurde d'ailleurs). D'autres ont un rôle pédagogique, elles illustrent une théorie. D'autres encore servent à critiquer une position scientifique ou philosophique.

D'autres exemples d'expériences de pensée suivent, on évoque aussi "Le démon de Maxwell" et celui de Laplace

En philo, c'est "La dinde inductiviste" de Russell qui est racontée.

Elle est intéressante parce que c'est une réflexion sur la science.

Cette réflexion va à l'encontre de la conception naïve de la science : le scientifique observerait la réalité, ferait des expériences et construirait une théorie à partir de ses observations (Modèle inductiviste).

En réalité, la démarche scientifique est plus complexe et presque opposée à cette conception "naïve-inductiviste" qui pense que le discours la science traduit directement le réel. Cette démarche est plutôt hypothético-déductive.

Autrement dit le scientifique ne part pas de l'observation mais d'hypothèses qu'il essaye de tester ensuite par des expériences et des observations.

 

Mais pour construire ces hypothèses, il a déjà tenté d'élaborer une théorie.

C'est donc la construction mentale, (donc en somme l'imagination), le point de départ et non le réel.

Le paradoxe de départ aboutit à un renversement de point de vue.

 

D'autres arguments vont dans ce sens, car l'expérimentation et l'observation elles-mêmes sont imprégnées de théorie : en effet elles utilisent des instruments qui sont comme le dit Bachelard "des théories matérialisées".

Une autre citation de Bachelard apparaît alors : "Rien ne va de soi, rien n’est donné, tout est construit" (dans le travail scientifique).

Il n'y a pas de construction entre une science qui dirait vrai et une fiction qui dirait faux, car les deux sont des constructions de l'esprit humain.

A ce point du débat où la science semble basculer du côté de la fiction, se pose la question de la "vérité" de la science.

Un spectateur radical demande : "la Terre tourne autour du soleil : vrai ou faux ?"

Bien sûr dans le langage courant cette proposition apparaît comme une vérité.

 

Mais en fait, elle renvoie à des images qui sont souvent fausses au niveau des distances et des proportions et surtout elle présuppose un cadre théorique : celui de la physique newtonienne.

Comment dans le cadre de la relativité générale s'exprimerait-on ? On ne peut pas dire les choses de la même façon dans un espace-temps déformé par les masses (du soleil et des planètes).

 

En réalité, là, seules des équations mathématiques rendent compte des objets et des mouvements en jeu. La question "vrai ou faux ?" est donc à questionner elle-même.

Le débat rebondit alors, car un autre spectateur critique cette réponse en partant de l'idée : "il y a des choses plus vraies que d'autres. On ne peut soutenir un point de vue trop "relativiste" (au sens philosophique et non pas physique du terme) et dire que tous les discours se valent. C'est dangereux. C'est mettre sur le même plan Darwin et le créationnisme. Même des philosophes comme Bruno Latour (très relativiste), sont revenus de ce point de vue.

 

Plusieurs échanges ont lieu sur ce thème qui renvoient à un sujet qui sera traité l'an prochain et qui déclenchera, n'en doutons pas, les passions : le relativisme (encore une fois au sens philosophique : il ne s'agit pas de parler de la théorie d'Einstein).

 

Il est déjà précisé qu'il existe un relativisme au sens fort et au sens faible.

 

D'autres points saillants apparaissent dans la discussion qui continue d'être animée :

- Quel est le rôle "heuristique" de l'imagination dans la découverte scientifique ? Au-delà des expériences de pensée, comment est-elle "productive" ? Philippe Thomine évoque Poincaré et Hadamard : ils ont montré que l’imaginaire et l’inconscient jouent un rôle important dans l’invention mathématique. Livre possible à lire : Le rôle de l’imaginaire dans la découverte (éd. Alliage).

 

- Umberto Eco est cité qui dit qu'il n'y a jamais de vérité définitive en science : on découvrira peut-être un jour que Napoléon n'est pas mort à Ste Hélène, mais dans un autre lieu, enlevé par des espions anglais. En revanche dans la fiction, les vérités énoncées sont les seules qui soient définitives : personne ne pourra remettre en cause les circonstances de la mort de Mme Bovary.

 

- Aldous Huxley est cité et commenté par Christophe Bouriau : "Seule l'introduction de fictions simplificatrices ou schématiques permet à l'homme en général et à l'homme de science en particulier d'introduire unicité et cohérence dans le chaos des informations qu'il doit traiter".

C'est l'occasion d'évoquer le "fictionnalisme" et la "philosophie du comme si" sujets sur lequel Christophe a écrit un livre "La philosophie du comme si" (éd. Cerf, collection passages).

 

Et de remercier Christophe de son intervention.

Une fois de plus la discussion a été animée et a montré que la philo des sciences en remettant en question les idées reçues sur la science permet de déconstruire des idées trop naïves et d'approfondir la réflexion sur des sujets fondamentaux comme les notions de vérité, de réalité, de rationalité, de pensée et d'imagination.                                                                                                                                                        Ph.T.


ESPRIT, ES-TU LA ?

 

A voir et revoir sur :

http://www.universcience.tv/video-esprit-es-tu-la-3404.html

êtes-vous moniste ou dualiste ?

L'esprit (l'âme?) est-elle séparée et d'une autre substance que le corps ?

Toutes les brèves vidéos sont à retrouver sur :

http://videos.univ-lorraine.fr/index.php?act=view&id=1634